15. octobre 2020

Beaute, Vulnerabilite, Obstination, Refus

 

Eugenio Barba et Julia Varley

FONDATION BARBA VARLEY

Nous avons créé la Fondation Barba Varley pour préserver activement l’engagement pour les causes et les valeurs qui ont motivé notre vie à l’Odin Teatret.

Il existe dans le théâtre une tradition de l’impossible comme le prouve la vie d’Eleonora Duse, Sarah Bernhardt, Isadora Duncan, Constantin Stanislavski, Ellen Terry, Gordon Craig, Vsevolod Meyerhold, Helena Modrzejewska, Adolphe Appia, María Guerrero, Antonin Artaud et Bertolt Brecht. Ces artistes ont su imaginer, et parfois réaliser, un théâtre que leurs contemporains jugeaient impossible. Aujourd’hui ils font figure de pionniers pour avoir franchi les frontières du théâtre et donné une nouvelle dimension à notre profession née comme un divertissement.

Notre Fondation plonge ses racines dans cette tradition de l’impossible. Une tradition qui va au-delà d’un Premier Théâtre centré sur le texte et d’un Deuxième Théâtre consacré à l’expérimentation. Il réapparaît dans la culture multiforme des groupes du Tiers Théâtre qui agissent dans les marges géographiques, sociales et artistiques.

Notre Fondation se rattache aux visions, intérêts et champs d’action de femmes et d’hommes qui, du Living Theater aux Etats-Unis au Teatr Laboratorium de Grotowski en Europe, de La Candelaria en Amérique Latine à La Tente Rouge du Théâtre Karakumi au Japon, ont, chacun à leur manière, inséré la vie du théâtre dans la réalité de la vie. Nous pensons aux groupes et aux artistes du théâtre qui, depuis les années 70, se sont imposés comme des cellules autonomes d’un nouveau système de production et de relations, démontrant ainsi la fonction transformative du théâtre pour ceux qui participent à ses processus et pour ceux qui jouissent de ses fruits.

Cet héritage éthique et professionnel constitue une source d’inspiration et un exemple concret pour tous ceux qui veulent, dans cette époque avide de changements, instaurer de nouveaux modes de relation acteur-spectateur. Que serions-nous en ignorant ce qui n’existe plus ? C’est bien qu’il existe une Fondation qui apprécie les projets impossibles.

Pour ce faire la Fondation s’adresse à la culture des « sans nom » du théâtre. Elle se propose d’aider les foyers actifs d’individus défavorisés à cause de leur genre, ethnie, situation géographique, âge, manière de penser et d’agir dans et hors du théâtre.

La Fondation s’identifie à certaines caractéristiques transformatives du théâtre :

1. simplicité d’action, qui inclut diversité et complémentarité, et affronte l’inexplicable, et la complexité qui nous entoure ;
2. continuité et persévérance d’action à une époque dont la tendance est à « utiliser et jeter » ;
3. utopie d’action qui rassemble des individus qui pensent et agissent à rebours de l’esprit du temps.

Le théâtre peut être un laboratoire qui renverse idées et pratiques établies. Nous croyons que le théâtre c’est faire de la politique par d’autres moyens : ceux de la Beauté, de la Vulnérabilité, de l’Obstination et du Refus. Nous avons commencé dans de petits groupes d’amateurs, Eugenio à l’Odin Teatret à Oslo, et Julia au Teatro del Drago à Milan. Pendant plus d’un demi-siècle, nos motivations nous ont incité à ne pas capituler. Elles nous encouragent aujourd’hui à lancer cette Fondation.

Sachez vous en servir, vous tous qui voulez semer des papillons dans l’imagination de vos spectateurs et de ceux qui ne viendront pas vous voir.

 

Holstebro-Rome, 15 octobre 2020